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Les Springboks, bien plus que du rugby

June 26, 2015

Genève accueillait le week-end dernier un événement de rugby de renommée internationale. Au programme : entre autres, les finales du championnat suisse (hommes, femmes, M18, M16), mais surtout le tournoi international élite de rugby olympique avec notamment la présence des Springboks, l'équipe nationale d'Afrique du Sud.

 

Dans la continuité de la soirée d'hommage à Nelson Mandela organisée l'année dernière à CinéTransat, le Geneva Sevens s'est articulé autour de la lutte contre la discrimination et de la célébration de la diversité à travers des musiques du monde.

 

Ultra-favoris du tournoi genevois, les Sud-africains représentent quelque chose qui va au-delà du sport. Et ils en sont conscients. L'équipe des Springboks a eu l'honneur de visiter le Palais des Nations jeudi après-midi, puis les coachs Marius Schoeman et Paul Delport, ainsi que le capitaine Sandile Caleb Ngcobo (« Sticky »), ont rencontré Yuri Boychenko, chef de la section anti-discrimination au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). Cet entretien, auquel nous avons eu le privillège de participer, a permis aux deux parties d'échanger leurs points de vue sur le rôle du sport dans la lutte contre la discrimination.

Racisme dans le sport : une problématique récente à l'ONU

 

« Nous ne pouvons pas expliquer pourquoi, dans leurs têtes, certaines personnes deviennent racistes et discriminent d'autres personnes », lance Yuri Boychenko en guise d'introduction. Le chef de la section anti-discrimination au HCDH précise que l'intérêt des Nations Unies pour les cas de racisme et discrimination dans le sport est assez récent. « Nous nous sommes penchés sur le domaine du sport et du racisme relativement tard, lorsqu'il y a trois ans, Kevin Prince Boateng, joueur de football, a quitté le terrain après avoir été victime d’insultes raciales. Il y a eu ensuite de grandes discussions avec la FIFA sur comment il faut agir, réagir, face à ce genre de problème. Nous avons amené ce problème aux Nations Unies et, depuis, nous avons affaire régulièrement à ces cas de racisme et discrimination dans le sport, spécialement le football, qui est le sport qui attire le plus de fans ».

 

Ce n'est pas un secret que le sport attire les foules. Et comme Mandela aimait le dire : « Le sport se moque de tout type de discrimination ». Est-il donc plus simple de faire passer les messages anti-discrimination à travers le sport ? M. Boychenko répond avec un exemple : « Après l'intervention de Boateng à l'ONU, il a gagné 400'000 fans sur Facebook en une semaine. Si un sportif peut atteindre si facilement un nombre si élevé de personnes, le message est clairement très fort ».

 

Les Springboks, symboles de la lutte contre la segrégation

 

Et le rugby dans tout ça ? Le rugby sudafricain a joué un rôle très important dans la lutte contre la discrimination en Afrique du Sud, un pays où l'apartheid était encore légal jusqu'en 1991. Souvenez-vous : l'Afrique du Sud a organisé la Coupe du Monde de Rugby en 1995, compétition qu'elle a remportée de manière surprenante, créant ainsi un engouement sans précédent derrière l'équipe nationale de la part de la population noire pour un sport historiquement réservé aux Blancs.

 

Aujourd'hui, les barrières sont tombées et le rugby en Afrique du Sud est synonyme d'union et mixité. « Nous ne connaissons pas de problèmes raciaux dans notre équipe, confirme l'un des entraîneurs, Marius Schoeman. Nous sommes comme une famille. Il y a beaucoup de cultures différentes au sein de notre équipe ». Le capitaine Caleb Ngcobo ajoute : « Il y a 9 langues différentes qui sont parlées dans l'équipe. Nous nous entendons très bien, peu importe notre origine. La convivialité est très intéressante parce que chaque jour on apprend quelque chose de nouveau sur les autres ».

 

Les Springboks sont donc symboles de la mixité et la diversité, qui était le thème central sur lequel s'est articulé le Geneva Sevens. Ils sont conscients que leur présence à Genève va au-délà du ballon ovale. Paul Delport : « C'est la première fois qu'une équipe sud-africaine de rugby joue à Genève. Je pense que n'importe quelle équipe dans le sport qui a du succès doit construire sa marque. Si nous pouvons toucher un petit peu la vie des gens qui viennent nous voir, c'est une réussite pour nous. Notre message passe facilement visuellement. Les gens voient qu'il y a des blancs et des noirs dans notre équipe, ils savent qu'il y a différentes origines qui travaillent ensemble. C'est ça la beauté du sport, que ce soit rugby, football, cricket, etc. ». Et Marius Schoeman d’ajouter : « Nous voulons être des pionniers. Si nous pouvons changer la vie des gens par des messages anti-racistes, c’est un succès ».

Joueur et capitaine de cette équipe, « Sticky » peut en témoigner de par son expérience : « Depuis tout petit, j'ai souvent été le seul noir de l'équipe. Cela n'a jamais été un problème pour moi. Je n'ai jamais connu l'apartheid, mais je sais ce que c'est. Mes coéquipiers et moi nous vivons ensemble malgré nos différences. Ce n'est pas un problème pour nous. Mon meilleur ami est blanc ».

 

Bien que le rugby à 7 –ou rugby olympique– en soit encore à ses balbutiements au niveau international comparé au rugby à XV, l'équipe nationale sud-africaine n'en reste pas moins une des meilleures dans ce domaine. Et également l’une des favorites pour la médaille d'or aux prochains Jeux Olympiques de Rio de Janeiro. Logiquement, cette notoriété favorise la chute des barrières raciales et l'acceptation de la mixité. Paul Delport confirme : « Quand tu fais les choses bien et que tu gagnes, les routes sont plus lisses. C'est quand tu commences à perdre que les gens commencent à chercher des problèmes qui n'existent pas, comme par exemples les données démographiques de l'équipe. Nous en rions ».

 

La couleur de peau n’est pas un facteur de différenciation au sein du Springbok Sevens. Mieux, autant les joueurs que les membres du staff ne la voient pas. Marius Schoeman in

 

siste sur l’esprit d’équipe, qui, lui, n’a pas de couleur : « Notre plus grande force est notre esprit d'équipe, et il a beaucoup à voir avec le fait que nous avons toutes les races dans notre équipe. Tu peux être un grand individu mais tu ne ne vas pas forcément gagner le match. Le système, l'équipe, est plus important ». Et « Sticky » d’ajouter : « Nous ne nous regardons pas à cause de notre couleur de peau, mais parce que nous sommes une équipe avec des qualités, de l'expérience ».

 

2015-2024 : Décennie Internationale des personnes d'ascendance africaine

 

Si le rugby sud-africain est un bel exemple de chute de barrières raciales, il persiste dans le monde beaucoup de discrimination sous de nombreuses formes, qui se traduisent en inégalités et handicaps. Raison pour laquelle le Geneva Sevens a également été l'occasion pour Yuri Boychenko de présenter la « Décennie Internationale des personnes d'ascendance africaine », qui a commencé en 2015 et se terminera en 2024. Ces personnes de descendance africaine, qui s'élèvent au nombre de 200 millions rien que sur le continent américain, continuent à être victimes de discriminations, que ce soit au niveau du logement, de l’emploi, de l'enseignement ou la santé.

 

Boychenko détaille : « C'est une grande initiative de la part des Nations Unies qui englobe le monde entier. Nous sommes reconnaissants de pouvoir être partenaires du tournoi ici à Genève. La présence de l'équipe sud-africaine nous réjouit car elle est très emblématique. Les récentes recherches ont montré que nous sommes tous originaires d'Afrique, que nous avons tous des gênes africains ».

 

Et de conclure avec un exemple intéressant : « Récemment, la Russie a perdu un match de football contre l'Autriche et nous nous sommes demandés pourquoi la Russie ne gagnait pas souvent. Et une personne avec qui j'ai travaillé m'a dit une chose intéressante à laquelle je n'avais jamais pensé: 'Peut-être que nous ne sommes pas assez multiculturels. L'équipe de Russie n'a pas de joueurs étrangers'. Peut-être qu'il y a une part de vérité. Le multiculturalisme est important pour une société, mais aussi pour une petite structure comme une équipe de 7 joueurs de rugby ».

 

Il reste encore beaucoup de travail pour que l'on considère la diversité culturelle comme une richesse et non comme un frein. Et si des événements sportifs avec un fort message derrière continuent à voir le jour, comme le Geneva Sevens, on ne pourra que s’en réjouir.

 

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